« La chambre » - vitrail
Le Noroît.
« La tempête continue à orchestrer mes nuits et mes jours. De mon lit, je voyais tantôt un grand pan de ciel brun et un peu de vert dur, la mer. »
« solesme » - vitrail
Auvers le Hamon, 25 juillet 1942
Puis nous
sommes allés à Solesmes : messe bénédictine, recueillie et
magnifiquement chantée, rien de sali parce que pas de
touristes; de très belles statues de la fin du XVème et du
milieu du XVIème; deux mises au tombeau l'une du Christ,
l'autre de la Vierge : grave paix des
visages des cadavres, poids des corps sur les linceuls, douleur
sereine des assistants. Cela mène à une méditation de la mort
riche et réconfortante. J'ai pensé à Longuet, peut-être le plus
heureux de nous tous.
« le poele » - vitrail
Amiens, le 4 novembre 1942
Arrivée sinistre dans la ville sous une pluie battante. Heureusement que je me repère à peu près. Je suis rentrée trempée ( ma jaquette est à peine sèche ), après avoir buté contre des trottoirs et des seaux à ordures. J'ai oublié ma côtelette, hélas, mais j'ai profité jusqu'à midi compris du morceau d'épaule de mouton. Toujours rien pour ma carte de charbon. Je m'en vais à la recherche d'un poêle à bois, et des denrées rationnées de novembre. Puis je remonterai en vitesse dîner et me coucher, car mon lit est le seul endroit où il fasse un peu chaud.
Le 12 novembre
Nous sommes chauffés au lycée depuis mardi, c'est un peu plus vivable mais rien à faire pour lutter efficacement contre les courants d'air. La question chauffage va s'améliorer pour moi. Je fais scier mon bois aujourd'hui, et je vais au moins pouvoir me chauffer dans ma cheminée. Par ailleurs, après vive réclamation à la mairie, j'ai touché un bon de 40kgs de charbon : je les attends comme le Messie, pour le poêle à bois. Je suis aussi à la recherche des bons matières, sans grand espoir dans Amiens.
Le 16 novembre
Je trouve ton mot en remontant de la ville un poêle dans une remorque prêtée par le père d'une élève. Je l'ai eu sans bons matières et je n'étais pas peu fière de me balader à travers Amiens en tirant ferme sur la remorque. Enfin, je vais avoir chaud. Je saute tout à l'heure chez le fumiste et j'essaie de le persuader de me monter le poêle demain. Avoir chaud, et au plus vite.