À la rentrée des classes 1939, Madeleine Michelis, professeure de lettres au lycée de jeunes filles du Havre, est détachée à l'annexe ouverte à Etretat.
Citadine dans l'âme, elle fait l'expérience d'une vie entre ciel, mer, et nécessités terriennes.
Elle retrouve Le Havre en août 1940, puis est nommée à Paris au Lycée Victor Duruy de mars 1941 à juin 1942, enfin au Lycée de jeunes filles d'Amiens à la rentrée 1942.


PREMIÈRE    SALLE



Le Havre    




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« Jeudi après-midi, après avoir vu arriver le Normandie de nuit la veille, je suis allée le contempler. C'est une bête très impressionnante. »

Le Havre, 9 octobre 1937



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« Il me semble que je pars avec chaque bateau et que je suis de toutes les arrivées. »

Le Havre, 9 octobre 1937

carreau de faience

« J'aime ce quartier Saint François autant que les quais de débarquement, avec les cris des grues, l'animation des dockers et ses éternels oisifs. »

Le Havre, 9 octobre 1937




 

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« Aujourd'hui, il fait plutôt froid -de gros nuages plombés, du vent  (rues du Havre = courants d'air permanents) ; sous cet éclairage, la ville, malgré tous ses bruits  (tramways, autos, vélos, cris des gens dans la rue)  semble morte. »

Le Havre, 6 octobre 1937




carreau de faience

« ... nous sommes allées jusqu'à la pointe de Ste Adresse : temps un peu couvert, avec une mer calme et des jeux de violets, mauves et verts d'une douceur incomparable. »

Le Havre, 12 mars 1938




 

carreaux de faience


« Cette nuit, il a fait une violente tempête : d'énormes vagues, un vent à plainte humaine; ce matin le temps avait fraîchi mais tantôt, c'est à un ciel lavé, resplendissant que nous avons affaire. »

Le Havre, le 6 octobre 1939







Étretat    


Madeleine à la fenêtre.




 

carreau de faience


« La mer, le ciel, leurs changements s'encadrent dans nos fenêtres. C'est vraiment très beau mais pas du tout reposant. »

Étretat, le 20 octobre 1939




carreau de faience


« Le reste du temps j'écoutais la mer et je regardais les nuages courir dans le ciel. »

Étretat, le 11 décembre 1939




carreau de faience


« La tempête continue à orchestrer mes nuits et mes jours. De mon lit, je voyais tantôt un grand pan de ciel brun et un peu de vert dur, la mer. »

Étretat, le 6 décembre 1939




 

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« Nous gelons, littéralement; le vent passe à travers les fentes des volets et des fenêtres et nous contemplons la valse de l'abat-jour de soie qui voile la lampe centrale.

Étretat, 20 octobre 1939




 

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« Il a fait hier une très violente tempête, neige sur le plateau, tornade en mer, le vent est glacé, la pluie transperce tout et cela menace de durer longtemps. »

Étretat, 27 octobre 1939




 

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« Le temps s'est mis au froid, les falaises et les maisons ont perdu toute consistance. On a l'impression qu'avec un doigt on pourrait les délayer dans la brume. Le ciel et la mer sont fondus dans un gris glacé. »

Étretat, le 18 décembre 1939




 

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« Il neige ici depuis deux jours . Ce matin, en poussant les volets de ma porte-fenêtre, j'aurais pu, n'était la mer, me croire au balcon d'un chalet de montagne. J'ai béni mon exil à Etretat. »

17 janvier 1940




 

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« Sur le plateau, spectacle extraordinaire : les arbres n'étaient pas givrés mais cristallisés. Des pylones barraient la route, renversés par le vent et le gel. Le car faisait des embardées, on dansait sur la route la danse du verglas. »

Étretat, le 30 janvier 1940






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«Dimanche il a fait très beau.
Je suis allée par la falaise avec ma collègue d'anglais jusqu'à Bénouville.
Nous avions chaussé nos grosses godasses et nous avons marché à plein dans la terre qui dégèle;
nos semelles collaient, la terre aspirait nos pieds, il fallait faire un véritable effort pour détacher le pied du sol,
le même effort qu'il faudra faire pour se décoller de ce pays.  »

Étretat, le 7 février 1940




 

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« Nous vivons de nouveau ici dans une lumière d'une instabilité adorable. Je viens de croquer un toast debout, à l'air, sur mon balcon. »

Étretat, le 22 février 1940

 






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« Devant la mer qui se glace de gris, de bleu, de vert, de rouge, de violet, je danse ma joie. Surtout les ciels qui s'éclaboussent de rouge sanglant, de vert cru ou d'or en fusion, avec des nuages si lourds qu'ils s'écrasent sur la falaise, violents et mouvants, me réservent chaque soir une joie égale et neuve. »

Étretat, le 26 avril 1940




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« Un long triangle rougeoyant s'appuie à la falaise, glisse sur une mer plate vert de gris, et file, très mince, vers l'horizon. »

Étretat, le 1er mai 1940






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« Enclos plein des pommiers en fleurs, du rose le plus vivant, tordus et noueux comme des mains de paysan, une petite maison basse, couverte moitié chaume, moitié ardoise, une belle grange avec un toit de chaume et une odeur de grain, une petite laiterie près de la fosse à purin, une écurie en ruines. »

Étretat, le 4 mai 1940






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« Le fils possède dans le jardin une vieille caloge, où il lit, travaille, rêve et dort l'été. Elle est sous les pommiers comme un bateau échoué et qui serait resté là, s'y trouvant bien. On la comprend.  »

Étretat, le 4 mai 1940





Le Havre    




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« L'occupation ici n'est pas purement symbolique. Elle est tyranique, obsédante.  »

Le Havre, le 26 aout 1940





Neuilly    




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« En deux jours j'ai vieilli de dix ans. »

Neuilly, le 11 novembre 1941



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« Le fait de s'alimenter prend une valeur mystérieuse et quasi sacrée. »

Neuilly, le 23 janvier 1942






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« Elle habite loin de la ville, vers Marly le Roi, dans un amour d'appartement clair, face à des touffes vivantes de lilas rouge et blanc. Grand désir d'habiter là, de se réfugier là pour un temps. »

Neuilly, le 5 mai 1942






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« ...longue promenade dans les bois de Marly, tout d'un vert jaune acide. »

Neuilly, le 5 mai 1942





Amiens